Le Royaume d'Andoras

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#1 12-02-2015 22:18:50

Garendil
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Lames d'Ombre

Prologue - De Vorkis à Edros



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Les Elfes ont toujours été fiers de leur savoir. Leur vie longue, leur discipline et leurs capacités naturelles ont fait de leur mémoire un des éléments majeurs de leur civilisation.

Bien que cultivant en de nombreux points leurs différences avec leurs cousins des plaines, les Brüsein ne dérogent pas à cette tradition mais préfèrent à la tradition écrite la tradition orale. Et à l'écoute des plus anciens et des plus sages, certains trouvent un étrange écho aux récits du passé. Personne ne peut attester de ces récits, et pourtant...

L'un d'eux raconte, par exemple, comment Vorkis, l'âme même de la nature, la gardienne par excellence de la Sylve, se serait liée d'un pacte avec Edros le Sombre dans sa rage contre Randian le Fougueux, gardien du feu. Laissez-moi vous conter, cette histoire telle qu'elle m'est parvenue:

Randian était un exalté. A la fois vif dans ses actions et dans ses pensées, il avait le don à la fois de charmer les foules par sa fougue, mais également d'énerver les plus impassibles par son énergie débordante et dévorante.

Vorkis, réputée pour sa tempérance, était de ses derniers. L'impudence des enfants de Randian l'insupportait au plus haut point, mais sa patience et sa discrétion l'avaient toujours retenue d'agir. Pourtant, un événement majeur avait bouleversé l'équilibre de Vorkis. Les descendants de Randian, adorateurs du feu, avaient décidé, afin de lui rendre hommage, de réaliser le plus grand des feux de joie de mémoire de dragon. Cette entreprise aurait pu passer inaperçue de Vorkis si elle n'avait nécessité l’abattage d'un grand nombre de ses propres créations.

Elle qui avait façonnée la Sylve avec tant d'amour, de grâce et de générosité, voyait le fruit de sa force créatrice réduit à néant par les coups de hache de ces outrecuidants pyromanes. Ne voulant s'abaisser à un déchainement brutal de sa colère, la sage Vorkis fit appel à une engeance dont elle sous-estimait peut-être la dangerosité, Edros le Sombre.

Celui qui n'était pas un Prime Dragon n’était pas considéré par ses pairs. Mis au ban de ceux dont il se réclamait le frère, il se terrait attendant son heure, murissant sa vengeance... Vorkis ignorait tout des desseins d'Edros, voyant le bien en chaque être vivant, elle regrettait seulement que ce dernier semble s'intéresser davantage aux défunts qu'aux vivants. Ayant besoin de son appui dans cette affaire, elle su faire fi des préjugés des autres dragons et lui proposa un marché:


"Si de ma bien-aimée forêt les rejetons de Randian tu m'aides à chasser, je te concéderai une place au sein même de mon Royaume. A l'ombre de mes plus grands chênes tu résideras, du fruit de notre alliance un brillant avenir naitra."


Pour Edros, le perfide, l'idée était plus que tentante et sans tarder il accepta.

Parcourant de son ombre les bois enchantés, il mit rapidement un terme aux velléités des serviteurs de Randan, tout en préservant la paix de Vorkis. Satisfaite de cet arrangement et de son dénouement, Vorkis permit à Edros de circuler au cœur de la Sylve.

Ce n'est qu'après un certain temps qu'elle perçue le grand mal qu'avait commis Edros.

Sa présence maléfique s'était répandue au cœur de la forêt enchantée et avait corrompu quelques-unes de ses créations les faibles... Par ici des champignons corrompus empoisonnaient d'innocentes créatures; par-là le lierre enserrait tellement son hôte qu'il finissait par l'étouffer; des arbres refusaient aux oiseaux la nidification et ne permettaient pas à la nature de trouver sa place; etc.

Vorkis ne mit pas longtemps à rompre son pacte avec Edros, mais le mal était trop profond. De cette nature maudite ne tardèrent pas à émerger des créatures corrompues, contre-nature au plein sens du terme.

C'est pour lutter contre cette corruption à la fois subtile et omni-présente que Vorkis permit aux peuples Brüsein et Des’Thlin d'habiter son Royaume.

C'est de ces peuples que naitrait le brillant avenir prophétisé à Edros par Vorkis.



Il ne s'agit là que d'une tradition orale, et la prophétie de Vorkis ne dit pas quelle forme prendra le fruit de l'alliance de l'Ombre et de la Sylve; mais ces propos semblent revêtir un intérêt tout particulier lorsque l'on s'intéresse de plus près à la vie d'un tout jeune sylvain...

Dernière modification par Garendil (13-02-2015 08:43:49)

 

#2 18-02-2015 13:52:37

Garendil
Invité

Re: Lames d'Ombre

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Chapitre I - Éveil



Mitriath a toujours stupéfié les voyageurs de par sa beauté légendaire. Les arbres millénaires qui abritaient la cité sylvaine participaient de beaucoup à l'impression de puissance que dégageait la nature, souveraine en ces lieux. Envoutante, stupéfiante, immense, voici les qualificatifs qui reviennent le plus souvent chez les aventuriers qui ont eu l'occasion de traverser la cité d'émeraude.

Pour ceux qui y sont nés cependant, un autre adjectif, plus sibyllin, la qualifie mieux: Claire-Obscure.

L'obscurité de Mitriath, Garendil la connaissait bien.

Le bruseïn avait toujours vécu des plus paisiblement, préférant l'ombre à la lumière, il s'était profondément désintéressé des affaires de ce monde, et pour cela Mitirath était le lieu idéal. Pourtant, depuis quelques jours, une sensation étrange le parcourait... Lui qui aimait à se promener dans l'ombre des arbres millénaires de sa cité natale, et profiter de la quiétude que lui apportait leur ombre, se sentait de moins en moins serein.

La nature semblait se faire l'écho d'une lutte lointaine et terrifiante.

C'est au cours d'une sieste méditative qu'il perçu pour la première fois de manière physique l'appel de l'Ombre. Le rêve était étrange, tout y était très sombre. Garendil avançait au milieu d'une nature qui lui était tout à la fois très familière et étrangère. Il avançait sur un chemin que les arbres alentours semblaient lui tracer. Il était seul, mais sentait une présence le guider. Alors qu'il approchait de ce qui lui paraissait être une clairière, sa vue se brouilla, et dans le flou qui se dessinait devant lui jaillie une voix; celle d'une femme. Une voix cristalline et aussi claire aux oreilles de Garendil, que le paysage pouvait être flou devant lui:

"Un avenir brillant t'attend, marqué par l'ombre de mes chênes, les rejetons d'Edros tu chasseras."


Puis d'un instant à l'autre le flou sombre se transforma en intense lumière, Garendil tendit la main pour se protéger de cette intense lueur, mais celle-ci le frappa si violemment qu'il se réveilla.

C'est en sueur et le coeur encore palpitant que le jeune sylvain émergea brutalement de son sommeil. Il lui avait semblé avoir dormi des heures, même si le soleil était resté fixe dans le ciel. Ce rêve, il l'avait senti, n'était pas anodin; sentant une douleur à son bras droit il se pencha vers celui-ci. Il avait pris une étrange teinte bleutée et semblait engourdi, comme après un mauvais. La force qui l'avait projeté avait-elle été réelle? Rabattant ses manches, Garendil su que pour élucider la signification de ce songe une seule personne pouvait l'aider... malheureusement, c'était bien la dernière qu'il voulu voir.

 

#3 10-04-2015 14:10:38

Garendil
Invité

Re: Lames d'Ombre

Chapitre II - La maîtresse-lame



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Il est parfois difficile d'évaluer la complexité d’une situation lorsqu’elle se présente. Mais malgré son inexpérience et sa nonchalance habituelle, Garendil savait que ce qu’il vivait à l’instant présent était un évènement déterminant de son existence.

Alors que le peuple Haut-Elfe met en avant la force de l’esprit au détriment de la robustesse du corps, le peuple Sylvain s’est toujours montré plus équilibré sur le sujet. Il est d’ailleurs de notoriété publique que les grands sages de Mitriath se comptent à la fois dans les rangs des mages et des druides, mais aussi des grands maîtres-lames et maîtres-archers participants au maintien de l’ordre dans la forêt, et donc très au fait de ses secrets.

Finë Tunguiël faisait partie de ces seconds.
Cette farouche guerrière avait mené de nombreuses batailles au sein des armées elfiques, connu le roi Pelethor en personne, et certains disent même qu’elle était présente lors de la si triste Lürü sì Nyx. Désormais en charge de la formation des combattants de Mitriath, elle pouvait s’enorgueillir d’avoir participé à l’éducation des meilleurs guerriers que la race elfique ai jamais connus.

Garendil ne faisait pas partie de ces derniers.
Le temps était clair, Mitriath des plus calmes, le printemps redonnant à la cité d’émeraude des couleurs des plus apaisantes. Il était donc d’autant plus surprenant de voir un elfe se hâter dans le dédale labyrinthique de la ville. Pourtant, Garendil encore hagard de l’étrange expérience qu’il venait de traverser, n’avait cure de ce que ces congénères pouvaient penser.
C’est cette attitude inhabituelle que remarqua en premier Finë, lorsque le jeune elfe pénétra dans la salle d’arme. Bien sûr elle connaissait Garendil, bien qu’il ne fut ni le meilleur, ni le pire de ses élèves, elle avait toujours eu à cœur de mémoriser le visage et le nom de chacun d'eux. Il était clair qu’il n’était pas dans son état normal, son naturel placide avait laissé place à une mine déconfite et un teint encore plus pâle qu’à son habitude.
C’est alors que celui-ci s’écroula de tout son poids sur un des râteliers d’arme de la pièce. Alors qu’elle venait s’enquérir de son état, il s’adressa à elle d’une voix éteinte :

- Venta Brümiel Tunguiël… aidez-moi…, dit-il tout en tirant sa manche droite afin de découvrir l’aspect de son bras.

Finë avait beau avoir vu de nombreux phénomènes étranges au cours de sa longue vie d’elfe, elle ne put retenir un hoquet de surprise à la vue de la teinte sombre surnaturelle qu’avait pris le bras du garçon. Elle en était sûre, ce type de marque elle l’avait déjà vu par le passé, mais ça ne pouvait être ça, pas maintenant…

- Garendil ! Reste avec moi !, laissa-t-elle échapper.

C’est à ce moment précis que Garendil perdit connaissance pour la deuxième fois de la journée.

Dernière modification par Garendil (10-04-2015 14:11:27)

 

#4 21-07-2015 15:24:55

Garendil
Invité

Re: Lames d'Ombre

Chapitre III - Songes d'une nuit d'été



Il est des songes dont la nature semble défier l'esprit.

Garendil vivait l'un de ceux-ci, se laissant porter au cœur d'un flot d'images, dont aucune n'avait de sens pour lui. Elles se succédaient, sans ordre logique et lui laissaient pour chacune une sensation si différente et pourtant un sentiment si fort, son esprit en serait à jamais marqué, comme brûlé au fer rouge, jamais il ne pourrait les oublier, jamais...

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Un œil obscur tout d'abord, un regard d'une noirceur telle que les ténèbres eux-mêmes en seraient terrifiés. Chargé de haine et de dédain, il semblait lui dire à quel point il était petit, médiocre et sans avenir. Le poids de la culpabilité de ses fautes passées fondit sur lui comme un torrent de boue entraînant tout sur son passage, ne restait plus que le désespoir. Mais l'image ternie, laissant seul l'elfe face à ses doutes et son incompréhension, puis une silhouette apparut.

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Il s'agissait d'un éclaireur sylvain, il semblait vouloir le guider au sein de la forêt. Mais Garendil avait beau courir jamais il ne parvenait à le rattraper, la forêt était trop vaste, les cimes trop hautes, les troncs trop épais. Il comprit que cet éclaireur n'était là que pour un temps, le guidant et l'accompagnant, mais que leurs destinations n'étaient pas communes. Il apprécia néanmoins son aide, et malgré la distance qui les séparait continuellement se sentait proche de cet être si intime avec la sylve.



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Vint ensuite un premier visage, alors que la forêt engloutissait son corps, l'elfe se retrouva dos à un arbre, un animal terrifiant s'approchant à pas feutrés de son enveloppe inerte. Étrangement, ce n'est pas la peur qui envahit le jeune sylvain, mais bien plutôt une douce confiance. Le regard de l'animal se fit souriant, ses traits semblèrent se détendre alors que sa fourrure disparaissait lentement pour laisser place à un visage féminin à l'expression indéchiffrable. Aucun mot ne fut échangé et pourtant il se sentit soudainement moins seul.




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Il perdit alors l'équilibre, le tronc sur lequel il pensait être adossé n'était plus qu'un trou béant au fond duquel une chute sans fin attendait notre inexpérimenté sylvain. Puis sa chute prit fin, brutalement, au milieux d'un tapis épais de feuilles d'automne. Une silhouette d'une grâce infinie se tourna vers lui et lui sourit. Il se sentit en confiance et rejoignit l'elfe aux allures de princesse. Elle tendit la main à Garendil, l'entraîna dans son sillage au centre d'une clairière ajourée. Il n'avait pas vu qu'elle portait une lame qui faisait la moitié de sa taille et semblait pourtant aussi légère qu'un rameau d'olivier, mais peut-être venait-elle seulement d'apparaître.
Elle accomplit une danse des plus élégantes et semblait l'enjoindre à l'imiter lorsqu'elle lui tendit le pommeau de son arme, mais lorsqu'il s'en saisit, tout disparu.

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Le ciel s'obscurcit, la terre gronda, le vent se mit à souffler, en un instant la forêt s'embrasa puis aussitôt s'éteignit sous une douce pluie vivifiante. Une ombre dominait Garendil qui se retournant se trouva dominé de tout son haut par un centaure dont l'aspect trahissait la puissance. Il portait un couvre-chef des plus insolites mais commandait aux éléments avec une telle véhémence qu'il aurait été bien importun de le lui faire remarquer. D'un geste, il invoqua les éléments sur le jeu elfe qui sentit son sang bouillir, ses mains se raffermir sur son épée et sa force décupler, puis sa peau s'endurcir au point d'être semblable à de la pierre, ses plaies se cicatriser sous l'effet d'une ondée rafraîchissante, et enfin comme emporté à vive-allure par une bourrasque qui l'éloigna de l'étrange inconnu.

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Sa course effrénée ne fut interrompue que par l'accueil que lui réservait une mare de boue au dessus de laquelle des lianes animées l'attendaient. Puis, les long végétaux se rétractèrent et la terre sembla s'assécher d'elle-même, laissant Garendil immobile au milieu d'un étrange bois qui semblait doué d'une volonté propre, ou bien plutôt contrôlé par une volonté unique. C'est à ce moment que lui apparut un elfe, il paraissait très jeune, mais la teinte étrangement blanche de ses cheveux était la marque d'une sagesse sans âge. Des ronces vinrent alors chatouiller les jambes du rêveur, le nouvel inconnu se mit à rire voyant son congénère tentant de se dépêtrer de cet étrange piège. La nature soudain disparue, laissant place à une contrée désertique ou nulle créature vivante n'aurait su s'acclimater.

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Garendil était à nouveau seul, il s'assit au milieux de ce désert lunaire lorsqu'une voix cristalline le fit se retourner. Une jeune elfe à la chevelure flamboyante se tenait devant lui, sa beauté le stupéfia. Elle sourit, et lui tendit une côte tressée de lierres, un bouclier et une courte lame d'un vert d'émeraude. Il accepta bien volontiers l'offrande et entreprit de s'équiper de ce matériel d'une légèreté incroyable. Lorsqu'il se retourna, la jeune femme se mua en une forme de golem des roches qui entreprit de tester son habileté. Le monstre semblait s'amuser de la situation, l'elfe avait beau frapper, esquiver, rouler, frapper à nouveau rien n'y faisait. Un rire tout féminin s'échappa de la bouche de pierre lorsque Garendil s'effondra sous son dernier assaut. La créature redevint elfe et tendit une main gracile au courageux combattant qui hésita à la saisir. Elle le releva, approcha doucement son visage du sien, les yeux du jeune elfe se fermèrent... c'est alors qu'il reçu une gifle incroyable qui lui fit ouvrir les yeux en sursaut!




- Maître! je crois qu'il est réveillé, tonna une voix qui lui était familière...

Dernière modification par Garendil (21-07-2015 15:45:47)

 

#5 13-10-2015 14:26:06

Garendil
Invité

Re: Lames d'Ombre

Chapitre IV - La légende du Passeur de Clair-Obscur



- Aaaaaahhhhh...

Le réveil fut brutal, la respiration haletante et saccadée comme après une trop longue apnée. La confusion régnait, tant dans l'esprit du jeune sylvain que dans l'animation des corps autour de lui. Combien étaient-ils, là, autour de sa couche à s'affairer? Il ne pouvait les dénombrer. Tout n'était qu'ombre et lumière, comme lorsque l'on a fixé trop longtemps le soleil. Les tâches noires virevoltaient dans un mélange chaotique de nuances de gris, accentuant encore le trouble qui l'habitait.

- Garendil!.. Garendil!!... Réponds!!!...

Des voix s'adressaient à lui, ou du moins essayaient. Il les entendait, mais il ne répondait pas, le regard hagard. Ses yeux perdus dans le néant contemplaient en réalité l'immensité du monde.
Au-delà de Pelethor, au-delà du temps, au-delà des émotions, Garendil subissait en quelques instants le flot de milliers d'années d'expériences et de dizaines de vies vécues. Prisonnier des limbes de son inconscient, il ne savait comment se libérer de cette gangue qui le maintenait à l'écart du monde réel. Puis il se mit à pleurer.

Des flammes consumaient Pelethor, Mitriath n'était plus qu'un gigantesque brasier, l'âme de la forêt s'embrasait et ses habitants fuyaient. Toute l'eau de la Loreline n'aurait pu stopper cet incendie. Il était trop tard.

Les larmes coulaient sur son visage d'albâtre, l'agitation s'était tue, et il reprit conscience de son corps. La chaleur des larmes réveilla ses sens, l'odeur de la fumée s’atténua et le monde repris doucement ses contours. Ils étaient neuf autour de lui, certains à genou comme s'ils veillaient un mort ou récitaient une prière, d'autres, debout, le regard fixe semblaient attendre inexorablement le pire. C'est alors qu'un mélodie fendit l'air, comme une flèche fuserait d'un arc de Marliann l'ébéniste:

♪Danse, danse, petite flamme,
Roule, roule petite larme,
Coupe, coupe petite lame,
Baisse, baisse, baisse les armes,

Retourne à la nuit éternelle,
Embrasse la clarté si belle,
Et contemple juste le pas sûr,
De celui qui vient du Clair-Obscur.♪


La ritournelle avait précédé celle qui la chantait, mais lorsque son auteur pénétra dans la pièce sa surprise n'en fût pas moins grande. Voir de si près la plus noble des Bruseïn, la reine Silmarein, héritière d'Orn Lasgalen, souveraine de Mitirath était un insigne honneur.

Elle s'approcha du lit où reposait Garendil, sans même sembler relever la présence d'autres personnes dans la pièce.

- Venta mon ami, tu te nommes Garendil m'a-t-on dit.

Le jeune elfe ne s'attendant pas à tant de familiarité ne pu que balbutier un "oui" maladroit. Mais la souveraine reprit:

- Je comprends que tu te sentes si perplexe, les derniers mois ont été difficiles...

- Les derniers... mois??

- Oui, pardonne-moi mon jeune ami, de venir te brusquer ainsi, mais cela faisait près de trois mois que le sommeil des morts t'habitait. Et si je suis venue te voir dès ton réveil, c'est que celui-ci m'avait été... "annoncé" dirons-nous.


- Pardonnez-moi mais je ne crois pas très bien comprendre, avança prudemment le jeune homme aux cheveux de jais.

- Hmm, fit la reine se fendant d'une légère moue, connais-tu la légende du Passeur de Clair-Obscur?

- S'agit-il de la chanson que vous chantiez ma Reine?

- A vraie dire, je ne l'ai pas vraiment "chantée", mais le fait que tu aies perçu des paroles que très peu d'ouïes auraient su distinguer, me conforte dans l'idée que tu es bien celui que j'attendais. Effectivement la légende et la mélopée sont intimement liées. Te souviens-tu de la promesse de Vorkis à Edros?


Cette maxime, Garendil la connaissait depuis son plus jeune, âge, comme tous les jeunes Brumeïn de Mitriath, c'est donc sans effort, malgré son état, qu'il la prononça:

- "Si de ma bien-aimée forêt les rejetons de Randian tu m'aides à chasser, je te concéderai une place au sein même de mon Royaume. A l'ombre de mes plus grands chênes tu résideras, du fruit de notre alliance un brillant avenir naitra."


- Très bien, vois-tu, cette prophétie doit connaître un accomplissement, les dragons y veillent scrupuleusement. Lorsque ce moment arrive, ils envoient ce que l'on appelle des Lelyaïn Nim-Nulda ou Passeurs de Clair-Obscur, chargés de veiller à ce que leur volonté s'accomplisse en tant que témoins, ou acteurs des grands événements de notre monde. Les événements des derniers mois te concernant prouvent que tu es l'un d'eux.

Devant le regard médusé du jeune sylvain, Silmareïn poursuivit:

- Lors de ton sommeil et de ton réveil, tu as du voir des événements; ces visions sont une ombre d'un avenir probable; souhaitable, ou non. Il semblerait, lorsque l'on contemple les marques visibles sur ton avant bras, que Vorkis t'ai choisi pour être son héraut. Cela signifie sans doute encore assez peu de choses pour toi, mais pour nous, garants de Pelethor, cela indique que de grands bouleversements sont à venir. S'il te plait, raconte-moi ce que tu as vu.

Garendil, s'assit doucement au bord du lit, tata rapidement son bras noirci pour constater que malgré son aspect, la douleur en était désormais absente. Puis, il se mit à conter son rêve. Ses souvenirs étaient aussi clairs que s'il avait vécu les scènes qui s'y étaient déroulées, il n'épargna donc aucun détail à son interlocutrice. Terminant son récit par sa vision de Mitriath en flamme, il se risqua à croiser le regard de la souveraine.

Celle-ci lui rendit alors un sourire emplit de chaleur et de douceur. Puis jeta un regard à l'une des personnes présente dans la pièce qui acquiesça d'un mouvement de tête et sortit immédiatement.

Elle prit enfin les deux mains de Garendil dans les siennes et lui dit:

- Tu as accompli ta première mission avec courage, mon jeune ami. De nombreuses autres t'attendent, auxquelles personnes ne peut te préparer. J'ai demandé à Tunguiël de réunir une équipe restreinte et très expérimentée qui pourra t'accompagner. Prends le temps qu'il faudra pour te reposer, nous nous reverrons bien vite.

Sue ces dernières paroles, la souveraine se leva avec grâce et, suivie de quatre des personnes présentes dans la pièce, passa la porte de la chambre.

Le jeune homme au teint encore blafard, tourna alors la tête vers une des fenêtres de la chambre, donnant sur une vue splendide de Mitriath aux portes de l'automne. Il était dans une des plus hautes chambres du palais. Les questions se bousculaient dans son esprit déjà bien encombré, du temps il lui en faudrait à coup sûr pour comprendre tout ce qu'impliquait ces récits. Une chose était sûre, si Vorkis lui avait laissé un message, elle lui avait donné aussi la détermination et la volonté nécessaire pour le porter là où il le faudrait, et Garendil comptait bien le prouver, mais non sans profiter, au préalable, d'une sieste bien à propos bercé par une mélodie entrainante ♪ Cours, cours, petite flamme... ♪

Dernière modification par Garendil (13-10-2015 14:42:26)

 

#6 19-01-2016 11:28:43

Garendil
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Re: Lames d'Ombre

Epilogue - Exil



La bataille qui s'était tenue sur les ruines de Cassandor avait réveillé trop d'amertume dans le cœur des elfes. Ils avaient lutté, espérant pouvoir contre-carrer ce qui se dessinait sur les fils de la trame du destin, mais la tâche était trop grande.

La fierté des elfes pâtissait une nouvelle fois d'évènements exogènes qui auraient une portée sur les générations futures.

Rien ne serait plus comme avant.

Garendil avait un goût âcre dans la bouche, ce sentiment de devoir inachevé qui sied aux guerriers en deuil. Dès l'orée du conflit, il avait su au plus profond de lui que sa place n'était pas ici, que le flot des événements l'emporterait trop loin de sa quête, dans un torrent de cruauté qui l'engloutirait dans les abysses de son ascension avortée.

Les ténèbres le happaient, il fallait s'enfuir, retrouver la lumière avant qu'Edros ne le saisisse complètement. La fuite était la seule solution envisageable, qu'importe la honte, qu'importent le dédain et l'incompréhension, il filerait droit jusqu'à retrouver le chemin d'une nouvelle aube.

Combien de temps marcha-t-il? Quelle distance le séparait de ses frères, de sa forêt bien aimée, de sa reine...? Il était trop tard pour s'en soucier, la nécessité lui en était imposée, il irait de l'avant, loin du dragon maléfique et de son emprise sur les êtres, quitte à perdre par là même l’appui salvateur de Vorkis.

Lorsqu'il atteint l'embouchure de la Loreline, il sentit ce qu'il devait faire. Abandonner tout ce qui le retenait, ces armes qui l'entravaient et continuer d'avancer, par delà les flots. Il nagea ainsi jusqu'à l'épuisement et s'échoua tel un vulgaire morceau de bois flotté sur une île de tous abandonnée.

Il se traîna hors du rivage malgré la force du ressac, et sous la chaleur de cette plage d'un blanc immaculé, fondit dans un profond sommeil.

Sa fuite s'arrêterait là. Sa quête se terminerait ainsi. Il avait été trop faible face à l'obscurité qui gagnait le monde, il ne méritait plus son titre de héraut de Vorkis, de Passeur du Clair-Obscur... cette mission échouerait à d'autre. La vie continuerait ici sur cette île déserte, balayée par les vents.

Peut-être que le dragon lui permettrait un jour de poursuivre sa quête, peut-être qu'une nouvelle génération se lèverait pour reprendre là où il avait dû s'arrêter. L'avenir était incertain, une vision le frappa - ce serait la dernière avant bien longtemps... -, où, étrangement, l'espoir demeurait que cette vie n'ait été qu'un cauchemar dont un jour l'on se réveille...

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Dernière modification par Garendil (19-01-2016 11:29:40)

 

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